La gestion survivaliste des ordures en réalité dégradée

La gestion survivaliste des ordures en réalité dégradée



L'une des questions les moins souvent abordées et qui est pourtant critique, c'est celle de la gestion des ordures.

Non, il ne sera pas question des politiciens ni des progressistes dans ce billet ;)

On n'y pense pas car dans nos sociétés, tout est réglé comme une horloge: on dépose les ordures sur le trottoir et magiquement, elles disparaissent durant la journée.

Elles disparaissent de l'endroit où on les a déposées mais dans l'absolu, ces ordures sont déplacées, enfouies et laissées à la Nature pour être transformées lentement, très lentement, quand la Nature peut s'en charger évidemment.

Dans une réalité dégradée, dans laquelle les camions à ordures ne circulent plus, la question des ordures prendra rapidement une importance capitale. En effet les ordures sont une manne incroyable et gratuite pour la vermine, les bactéries, les déjections animales porteuses de parasites pathogènes, les insectes et autres indésirables.

Non seulement les animaux vont se nourrir de nos restes de table abandonnés au chemin mais en plus ils vont prospérer, ayant à portée de patte de l'énergie gratuite et abondante. Beaucoup de ces animaux sont des porteurs de maladies qui peuvent potentiellement nous nuire très gravement.

Les ordures industrielles sont bien pires car elles contiennent des produits chimiques très dangereux ou réactifs qui, s'ils ne sont plus traités, seront à la portée de tous. 

En ville


La gestion des ordures en ville ne peut être réalisée que par une initiative globale. Les habitants d'une rue décideraient d'évacuer eux-mêmes les ordures vers un dépotoir que ça ne ferait qu'atténuer le problème: si les autres résidents du voisinage ne font pas de même, leurs problèmes sanitaires finiront par déborder sur les rues qui sont débarrassées de leurs ordures par les initiatives locales. Et puis, avouons-le franchement: le dépotoir local, ce sera souvent la rue d'à côté ou le quartier voisin, "parcer que les gens qui vivent là sont déjà malpropres". Je l'ai déjà entendue, celle-là.

En ville, malheureusement, il y aura peu à faire pour améliorer la situation, hormis le ramassage systématisé qui précisément ne fonctionne plus... Au mieux il sera possible de coordonner localement l'endroit de dépôt des déchets ainsi que la collecte des restes de table pour compostage. Pour le reste il y aura les égouts qui finiront aussi par déborder.

Dans tous les cas ce sera un vrai cloaque avec tous les risques sanitaire que ça suppose.  

En campagne


En campagne c'est différent puisque les gens y disposent de plus d'espace, spécialement chez les agriculteurs. Il sera possible de disposer des ordures loin des habitations et de composter ce qui peut l'être en jetant les restes de table dans le tas de fumier ou mieux, les donner aux animaux qui peuvent les manger, si ce n'est déjà pas une pratique usuelle.

Le compost, soit dit en passant, peut aussi se pratiquer sur un balcon dans un composteur ou en banlieue, dans la cour arrière.

La bonne nouvelle


En K2KK, il y aura fatalement moins d'ordures puisque si les camions à ordures ne roulent plus, les camions approvisionnant les supermarchés non plus ne rouleront plus, donc il y aura une production réduite d'ordures: réduite par difficulté d'approvisionnement mais réduite aussi par la fin du gaspillage.

Chaque médaille ayant deux côté, cela signifie aussi que vous devrez vivre sur vos stocks de nourriture.

Que faisaient nos ancêtres?


Les dépotoirs ne sont pas une invention moderne. D'aussi loin qu'on peut vérifier, l'être humain disposait de ses déchets dans un lieu convenu. Toutefois ce qu'on y trouve diffère de ce qu'on trouve dans les dépotoirs contemporains.

Nos ancêtres, même lointains, disposaient de ce qui ne pouvait être réparé ou réutilisé. Comme les produits manufacturés et standardisés étaient inexistants, leur production de déchets était de beaucoup réduite par rapport à celle de nos contemporains.

Gérer les ordures en survivalistes


Ce que je vais dire est idéalisé car tout le monde ne peut pas mettre toutes ces mesures en place. Néanmoins, cela est bon à savoir pour le jour où un beau parterre de maison résidentielle de banlieue ne sera plus vu que comme du gaspillage de temps et de ressources et que les approvisionnements normaux seront coupés.

1) Composter les déchets de table et les épluchures de cuisine. Le compostage se fait tout seul si les conditions sont réunies. On peut accélérer le compostage par de l'aménagement, des opérations manuelles, l'ajout de matière organique sélectionnée. Avec le compostage on rassemble en un seul lieu délimité les déchets organiques et on les transforme en matière riche pour nos potagers.

2) Si vous avez un petit élevage d'animaux, vous pouvez les nourrir partiellement ou totalement avec les déchets de table et les épluchures de cuisine. Ces animaux produiront du fumier qui compensera le manque à gagner en matière de compostage. Quand vous abattez les animaux pour les manger, vous pouvez aussi récupérer les viscères et les donner à manger aux chiens. Idem pour la peau, la fourrure ou le duvet.

Il est bon d'avoir des chats qui feront la chasse aux rongeurs. Vous leur créez un habitat propice après les avoir attirés chez vous et vous laissez la nature faire le reste.

3) Composter nos déjections. Oui ça semble dégueulasse mais ce n'est pas différent de ce qu'on faisait anciennement. L'urine était prisée par les tanneurs ainsi que par les salpêtriers qui s'en servaient pour produire du nitrate de potassium (salpêtre), ingrédient essentiel de la poudre noire mais aussi utilisé comme médicament, notamment. Quant au KK humain, il était jeté dans les tas de fumier, destiné à être composté. Attention toutefois: il doit être composté deux ans afin d'éliminer complètement les agents pathogènes qu'il contient. Ou alors utilisé pour produire du méthane.

4) Conserver les métaux. Les métaux peuvent être fondus et recyclés ou même simplement réutilisés. Si, encore une fois, les camions à ordure ne circulent plus, les approvisionnements en métaux seront aussi rompus. Les conserver ne sera pas du luxe.

On pourrait en dire autant de beaucoup de matériaux dur comme le verre cassé qui peut être utilisé comme défense passive sur le haut des clôtures ou simplement refondu.

5) Conserver le papier et le carton. Le papier et le carton sont d'excellents isolants dont on peut se servir afin d'améliorer l'isolation d'un lieu d'habitation ainsi que pour de multiples autres usages. Il est aussi possible de les recycler pour fabriquer d'autre papier ou d'autre carton. Certains ramassent de grandes quantités de papier pour en faire des bûches à brûler dans un poêle.

6) Conserver les retailles de bois ou les branches. Avec les branches vous pouvez faire une multitudes de choses allant du bois de cuisson à des clôtures, en passant par des grilles de séchage à plat, des petites cages ou des paniers, si vos matériaux s'y prêtent..




Vous avez encore plus d'espace?

7) Électroménager, vélos, pièces automobiles, tuyauterie, etc. Prenons un frigo. Le frigo contient un réservoir de frigorifiant, un compresseur, du fil conducteur d'électricité, du plastique moulé, des tuyaux, de l'isolant-mousse, des feuilles de tôle de fer, d'acier ou d'aluminium (peu importe le métal), des interrupteurs, des rhéostats, des plaques de verre, des vis, écrous et autres pièces. Un frigo hors d'usage est une mine d'or pour un survivaliste débrouillard et les pièces qu'il contient sont hautement polyvalentes et utilisables dans une multitude de projets!

Le lave-linge électrique avec ses puissants aimants peut être transformé en une dynamo pour éolienne ou pour moteur à vapeur.

On pourrait multiplier les exemples mais vous comprenez le principe: si vous avez un peu d'espace, vous pouvez réduire considérablement la production de déchets tout en augmentant votre autonomie en récupérant ce qui peut être transformé ou réutilisé.

Oui, je sais, vous lisez ceci et vous imaginez une maison délabrée entourée de métaux, bois, plastiques, outils répartis un peu partout sur le terrain. Si vous n'êtes pas organisé, votre propriété risque de ressembler à cela. La clé, c'est la planification et l'organisation.

Il ne s'agit pas de vous inciter à devenir des écolo-verts gauchistes exigeant que tout le monde vive comme vous et selon vos valeurs. Il s'agit de prendre conscience qu'un changement de paradigme entraînera automatiquement et immédiatement un changement matériel, en terme de disponibilités et d'accessibilité. En corolaire, on comprendra que des besoins simples en temps de normalité peuvent devenir des cauchemars en temps perturbé. Ceux qui s'en tireront le mieux seront ceux qui auront anticipés ces cauchemars, qui auront compris et visualisés les potentiels des objets jetés au dépotoir et qui les auront conservés, démontés, répertoriés et rangés.

Nos anciens ne jetaient rien: ils récupéraient tout, rafistolaient, réparaient, transformaient et stockaient quand ils n'avaient pas d'usage immédiat, "au cas où". 

Si vous appliquez les principes énoncés dans ce billet — et je n'ai qu'effleuré la surface du sujet — vous devriez produire rapidement bien moins de rebuts et d'ordures, si votre habitat le permet évidemment. Si votre habitat ne nous le permet pas dans l'immédiat, intéressez-vous à la gestion des ordures et apprenez à voir les potentiels des objets que vous jetez.



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Commentaires

Joel Deplanque a dit…
Bonjour Vic,

Article intéressant comme toujours.

Mais, transpirant entre les lignes de celui-ci je retrouve les subtils parfums de l'atmosphère de mes jeunes années. Atmosphère Ô combien empreinte de ruralité limousine de ma jeunesse... Le lien entre ce monde d'antan et la gestion moderne des ordures ? Évident !

Ferme d'une vingtaine d'hectares, polyculture, élévation de la valeur travail, respect de la parole et amour de la belle ouvrage... Pas beaucoup de monnaie, mais étions-nous pauvres ? Hé hé... Nous ignorions alors être des rois.
Dans la cave s'entassaient les patates, légumes et saloirs. Des étagères pliaient sous le poids des conserves de champignons, pâté de foie d'oie truffé à l'Armagnac et autres saletés. Nos trois étangs fournissaient du poisson. Les congélateurs invitaient régulièrement veaux, porcs, poules, canards, oies, dindons, lapins, gibiers divers. Des jambons s'emmerdaient ferme, suspendues aux poutres noires du plafond de la salle à manger. nous ne manquions ni de nourriture, ni de travail, ni de coups de pieds au cul en tant que de besoin.
Évidemment, nous ne chassions pas le pokemon gaga. C'est dire à quel point nous étions frappés par la pauvreté...

Rapidement exposé, voila pour l'ambiance. De celle-ci découlait naturellement une gestion naturelle des ordures. Je dis bien gestion naturelle, en l'absence de politique dédiée. Qu'une bouteille de cidre maison soit cassée ? Pas de problème ! Les morceaux étaient recueillis et glissés dans les interstices d'un mur de pierres. D'autres utilisés pour racler le bois d'un manche de pioche, avant de subir le même sort...
Dans le cochon, tout est bon ! Les intestins une fois nettoyés étaient utilisés pour les boudins, saucisses et andouilles !
Pas de Goretex ! A vélo, un vieux journal glissé sous le pull constituait en hiver un excellent coupe-vent !
Signe d'une époque révolue, le tas de fumier bénéficiait de soins attentifs. Maillon incontournable d'un cycle immuable, taillé au carré, il digérait nombre de détritus, les convertissait en éléments nutritifs pour les futures cultures.
Le respect des valeurs était la règle et la notion de jetable n'existait pas encore. Le bocage était strié de longues haies, coupes-vent et abris pour la faune. Nous ne dégradions pas notre environnement et, purs héritiers de générations antérieures dont nous perpétuions les gestes, faisions du survivalisme sans le savoir.

A cette époque de diverses abondances, recevoir un coup de pied aux fesses faisait partie intégrante de l'éducation. C'est instruit sur ces bases que je suis entré dans la vie active. La méthode inculquée m'aura permis de résister à bien des coups vaches de la vie et de rebondir. Ce mode de vie aura dicté ma conduite et me permettra peut-être de faire du cholestérol là où le citadin de base sera condamné à la diète et à la rapine.

En cas de crise, je suis persuadé que ces expériences antérieures seront salvatrices. En situation dégradée le jetable d'hier devient subitement utilisable. La société de consommation découvre le recyclage.
De nouveaux vocables apparaissent : permaculture... Utilisons les vieux journaux pour nourrir des lombrics ! Branches et billots enterrés se décomposeront et libéreront des éléments nutritifs. Les bouteilles en plastiques remplies de ciment constitueront autant de "briques". Pleines d'eau elles pourront être utilisées pour un arrosage progressif. Une foule d'astuces génèrera autant d'utilisations. Et au lieu d'être détruites, s'amoncelleront des choses pouvant avoir une destination future...

Vic, sous nos latitudes ne pas oublier la présence de termites en mal de connaissances : elles dévorent les journaux... LOL !
Anonyme a dit…
WOW, il est de plus en plus populaire ton blog !

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